(Almanach de poche pour francs-maçons pour les années 1798, 1799, 1800, 3 premières années, complètes). Jahrbuch der Maurerey Erster, Zweiter und Dritter Band (Annuaire de la maçonnerie, premier, deuxième et troisième volumes)

Auteur 1799 und 1800, TASCHENBUCH FÜR FREIMAURER auf die Jahre 1798

3 600 €

Notice

           UNE SOURCE MAJEURE POUR L’HISTOIRE DE LA FRANC-MAÇONNERIE ET DES ILLUMINÉS DE BAVIÈRE

Cöthen, bei Johann August Aue, 1798-1799-1800, 3 vol. in-12, plein cartonnage éditeur, plats ornés de symboles maçonniques, (le « allegorischer Einband » annoncé par l’éditeur), II, XVI, 408 pp., portrait de Karl August Ragotzky en frontispice, 4 planches gravées hors texte dont une finement coloriée, une planche de musique gravée dépliante ; II, VIII, 32, 312 pp., portrait d’Adam Weishaupt en frontispice, 3 planches gravées hors texte (deux gravures sur une même planche), une planche de musique gravée dépliante ; II, VIII, 376 pp., frontispice allégorique « Den Manen von Goue’s » (Aux mânes de Goué), 3 planches gravées hors texte, une planche de musique gravée dépliante. Infimes traces d’usure aux cartonnages, très rares et minimes rousseurs, une pâle trace de mouillure marginale au frontispice et au titre du second volume.

Très rare réunion des trois premières années de ce célèbre almanach maçonnique, qui en compta sept (1798-1803 et 1805). Les volumes de 1798-1800 forment un ensemble cohérent, clos par une table générale, l’« Inhalt der drei Jahrgänge » (Contenu des trois années), imprimée dans le troisième volume.

Ensemble qui paraît au moment exact où l’Europe entière débat du rôle supposé de Weishaupt et des Illuminés de Bavière dans la planification de la Révolution française et de ses conséquences, à savoir les polémiques contre le jacobinisme, la réorganisation des grandes loges allemandes et la réflexion philosophique sur les sociétés secrètes. Robison et Barruel viennent de publier respectivement leurs célèbres ouvrages « Preuves de conspirations contre toutes les religions et tous les gouvernements de l’Europe » et « Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme ».

Reinhold Taute indique dans sa Maurerische Bücherkunde (Bibliographie maçonnique n° 242) : « Contient une riche collection de dissertations maçonniques et de matériaux historiques. A côté des idées zinnendorfiennes, ce sont surtout les vues de Fessler qui y sont représentées. » Cet « innocent Taschenbuch », écrit-il encore, fut mis dès 1798 à Vienne au nombre des livres interdits. 

                       LES ILLUMINES DE BAVIERE, LA MAÇONNERIE ET LA THESE DU COMPLOT REVOLUTIONNAIRE

Le frontispice de 1799 est un portrait d’Adam Weishaupt, fondateur de l’Ordre des Illuminés de Bavière, gravé par Rosmäsler avec la légende « Adam Weishaupt geb. d. 6. Febr. 1748 . L’explication des gravures le présente comme « le portrait bien ressemblant de M. le conseiller aulique Weishaupt à Gotha, qui sera certainement bienvenu de tout admirateur de ce savant digne d’estime », ajoutant que « ses excellents et instructifs écrits en matière de maçonnerie ne devraient guère être inconnus d’aucun maçon de tête et de goût ». Dès 1798, les Lettres sur des sujets intéressants de la maçonnerie de Ragotzky recommandaient son Pythagoras (Pythagore) aux orateurs de loge, et l’explication du frontispice de 1800, consacré à Goué, place le Notuma de celui-ci au rang du Pythagoras de Weishaupt. Publier un tel éloge en 1799, quand toute l’Europe désigne Weishaupt comme l’artisan occulte de la Révolution, peut être considéré comme un véritable manifeste et incarne l’un des premiers hommages iconographiques, probablement le premier portrait connu, publié après la suppression de l’Ordre des Illuminés de Bavière. Autre pièce capitale du volume de 1799, la « lettre à l’éditeur » datée d’Eisenach le 12 juillet 1798 est signée en toutes lettres d’Ernst August Anton von Göchhausen, auteur de l’Enthüllung des Systems der Weltbürger-Republik (Dévoilement du système de la république cosmopolite, 1786), l’un des textes fondateurs de la dénonciation du complot des Illuminés. Il y avoue avoir écrit ce livre « par exaltation », en « simple débutant, sans aucune connaissance de l’Ordre », et y avoir pris à dessein « la mine d’un vieux maçon instruit ». Il proteste qu’il ne savait, en 1785, « pas un mot des Illuminés », qu’il n’a jamais eu « plus de grades que les quatre premiers rosaïques » et qu’il ne fut jamais « initié dans aucune société secrète, politique ou autre ». Il y retrace aussi sa réception à Halle par le « vieux Rosa », le renversement de Rosa par Johnson, puis de Johnson par le système du baron de Hund (Karl Gotthelf, baron von Hund und Altengrotkau, fondateur de la Stricte Observance Templière), dont il refusa « d’acheter à prix d’argent les prébendes ». Les archives de l’Ordre contredisent ces protestations. Göchhausen fut novice illuminé sous le nom d’ordre de Nahor, avec Bode pour instructeur. Le dossier de Nahor était d’ailleurs imprimé dès 1787 dans le Nachtrag von weitern Originalschriften (Supplément d’autres écrits originaux concernant la secte des Illuminés), publié à Munich sur ordre du Prince-Electeur d’après les papiers que Weishaupt avait confiés au baron de Bassus et que l’on saisit au château de Sandersdorf. Le 7 juillet 1783, Knigge écrit à Bode que Göchhausen « est sorti, ou plutôt a été renvoyé, parce que c’est un fou et un espion secret des Rose-Croix ». Göchhausen était en effet entré en 1782 dans deux cercles des Rose-Croix d’Or, sous le nom d’« Augustus Hegesias », et dirigeait le cercle « Hegesias ». Ces identifications sont établies par Hermann Schüttler (Die Mitglieder des Illuminatenordens / Les membres de l’Ordre des Illuminés, 1991 et Renko D. Geffarth, Religion und arkane Hierarchie / Religion et hiérarchie secrète, 2007). Ce climat issu de la thèse du complot révolutionnaire est présent tout au long de nos trois volumes.

L’année 1798 cite une pièce de la Grande Loge nationale d’Allemagne qui range les « Illuminaten » de Bavière parmi les sectes cherchant à « se couvrir du voile de la maçonnerie », et oppose aux accusateurs une lettre de la société jacobine de Figeac qui tient les loges pour « les antipodes des Jacobins ». Les pamphlets du moment sont examinés : Die zwo Schwestern P*** und W*** (Les deux sœurs P*** et W***), qui fait de la maçonnerie viennoise « la source de toutes les révolutions », la satire Unumstößlicher Beweis, daß die Frei-Maurer Jakobiner […] sind (Preuve irréfutable que les francs-maçons sont des jacobins), Der entlarvte Jesua Joab (Jesua Joab démasqué) et Augustin und Numa und die Ritter des bessern Zeitalters (Augustin et Numa et les Chevaliers du meilleur âge), que deux planches du premier volume illustrent.

Le volume de 1800 réfute longuement Montjoye et Le Tombeau de Jacques Molai, attribué à Cadet de Gassicourt, et ironise sur « les dénonciations d’Illuminés et de Propagandistes » de Hoffmann et de Haschka. Il publie enfin le texte intégral de l’édit prussien d’octobre 1798 contre les sociétés secrètes, réponse légale à la panique suscitée par les Illuminés et les Jacobins, avec le débat qu’il suscite.

L’ensemble fait du Taschenbuch l’un des témoins les plus nets de la riposte maçonnique allemande aux années Barruel et Robison.

                             KARL AUGUST RAGOTZKY

Le recueil a un maître d’œuvre visible en la personne de Karl August Ragotzky, dont le portrait ouvre le premier volume.

Pasteur et franc-maçon, longtemps vénérable de la loge Zur goldenen Krone (A la Couronne d’or) de Stendal, Ragotzky avait publié les Unterhaltungen für denkende Freimaurer (Entretiens pour francs-maçons qui pensent, 1792) et le Freidenker in der Maurerey (Le Libre penseur dans la maçonnerie, 1793). Taute le qualifie de « collaborateur éminent » du Taschenbuch, où paraissent ses douze Lettres sur des sujets intéressants de la maçonnerie et son roman Franz Hell. Taute tient Franz Hell pour « l’un des romans maçonniques les plus intéressants ». Il en fait cependant commencer la publication fragmentaire en 1800. Elle s’ouvre en réalité dès 1799 avec les Bruchstücke aus Franz Hell’s maurerischem Leben, qui occupent près de cent quarante pages, puis se poursuit en tête du volume de 1800. Notre réunion contient ainsi la naissance du roman, quatre ans avant sa publication en volume sous le titre Franz Hell, oder die Irrwege. Für Geweihte und Suchende, Köthen, Aue, 1803, ainsi que ses quatre premières gravures. En 1799, Seelwerth, l’ami du héros, oppose aux spéculations la maçonnerie en actes : les gravures le montrent au chevet d’une famille indigente puis rendant à sa mère un enfant arraché aux flammes. La suite de 1800 conduit Franz Hell à travers les hauts grades. Un chevalier du Temple y reconnaît qu’aucune loge ne possède l’acte susceptible de prouver la filiation templière ; viennent ensuite le plaidoyer de Salvio en faveur des Supérieurs inconnus, la réception dans le laboratoire alchimique d’une assemblée de Rose-Croix et la mort du frère Stern au milieu de ses frères. 

Signalons, entre autres sujets traités, l’histoire de la séparation de la Grande Loge nationale d’Allemagne d’avec la Grande Loge de Londres et les pièces de sa rupture avec la Royale York, la maçonnerie dans ses rapports avec l’Etat et la constitution, le droit de résistance au despotisme et l’influence de la Révolution française sur les loges, les Bauleute im Orient (Les Bâtisseurs en Orient), la notion de société morale et la question de savoir si la maçonnerie est positive par toute sa composition, une méthode d’écriture chiffrée maçonnique, le plus récent système de la maçonnerie et la réforme de la Royale York, l’édit prussien sur les associations secrètes, un essai d’histoire hypothétique de l’Ordre par les mystères égyptiens, Pythagore et les Templiers, avec Starck pour autorité, la question philosophique de l’influence des cérémonies sur l’homme, la Société secrète sans nom de Brême, la Compagnie de la Truelle de Florence décrite par Vasari comme trace d’une maçonnerie du XVIe siècle, enfin une revue critique de quinze ouvrages maçonniques et anti-maçonniques. S’y ajoutent les chants et prières de loge avec leur musique gravée (Lehmann, Schönherr), la patente de confirmation de la Mère-Loge Aux Trois Globes, les listes des grands officiers et des loges de la Grande Loge nationale et de la Royale York, et les listes générales des membres des loges réunies de Berlin. Wolfstieg I, 806. Kloss 30. Reinhold Taute, Maurerische Bücherkunde. Ein Wegweiser durch die Literatur der Freimaurerei mit literarisch-kritischen Notizen und zugleich ein Supplement zu Kloss’ Bibliographie (Bibliographie maçonnique. Guide à travers la littérature de la franc-maçonnerie, avec notices littéraires et critiques, et supplément à la Bibliographie de Kloss), 1886 (Katalog der Bibliothek der Loge Karl zu den 3 Ulmen in Ulm), n° 242. 

De la Bibliothèque de George L. Shackles, auteur de The Medals, Commemorative or Historical, of British Freemasonry (Les médailles commémoratives ou historiques de la franc-maçonnerie britannique), publié conjointement par le Comité littéraire de la Grande Loge de Hambourg et la loge Quatuor Coronati n° 2076 de Londres. Son ex-libris répété dans les trois volumes. Remarquable provenance maçonnique. 

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UGS : 12 17 038 099 Catégorie :

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12 17 038 099

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