Harmonies de la Nature, ou Recherches philosophiques sur le Principe de la Vie

Paris, Videcoq, 1857 et Saint-Servan, imprimerie Aristide Le Bien, 1861, 2 forts volumes in-8, demi-chagrin rouge de l’époque, dos à nerfs, ornés, IV, 878 ; IV, 1070 pp. et une planche gravée hors-texte. Fente marginale restaurée à l’époque, sans manque, une petite tache brune sur huit pages au tome premier. Un cachet d’appartenance au dos du faux-titre de chacun des volumes (V. Vannaire).

Cet ouvrage fort curieux est un authentique plaidoyer en faveur de la Philosophie naturelle. L’auteur, juriste de son état, se livre à une sorte d’analyse d’une ampleur étonnante des divers genres qui composent la nature : animaux, végétaux et minéraux. D’emblée, il affirme que les lois de la synthèse chimique ou de la physique ne sauraient expliquer à elles seules le processus de génération et d’évolution naturelles, génération qui ne doit rien au hasard. La matière existe certes mais les différents éléments qui la composent s’assemblent et se combinent sous l’action de ce que l’auteur nomme des fluides impondérables. Sans le dire explicitement, l’auteur postule l’existence d’un principe directeur qu’il tente de décrire sous la forme d’une « mathématique transcendante que nous nommons alors force et qui n’est dans son essence qu’une nécessité métaphysique nécessairement immatérielle. » La génération résulte de la rencontre d’un jeu de nombres et d’une substance réceptive apte à toutes les formes. La matière universelle prend alors une forme déterminée à un moment donné et dans un lieu donné. Ceci évoque la théorie que formulera plus tard Pierre Piobb. La rencontre des corps mis en présence développe des forces réalisatrices. Il existe donc un seul fluide impondérable dont les diverses manifestations sont la lumière, l’électricité ou la chaleur. Toute création ou génération repose sur une dualité primordiale, deux puissances antagonistes que l’auteur associe aux seconde et troisième hypostases des théologiens dont la seconde émane directement du premier fluide ou substrat universel. Ces trois hypostases comprennent respectivement les puissances neutres, les puissances informantes et les puissances vitales de la nature ; cette conception lui permet d’appréhender le plan de la nature dans une grande synthèse. Cette formulation n’est pas sans rappeler la loi de création de Hoëné Wronski. Dans la conception qui nous est proposée ici, l’homme occupe une place à part dans la création comme principe intelligent dû à sa position cosmique. Il se distingue des animaux en ce sens qu’il n’est pas tributaire du lieu où il s’incarne. Le monde n’est pas qu’un substrat matériel. Cette approche humaniste trouve un début d’explication dans les auteurs de référence mentionnés par Agnès. Outre Chevreul et les naturalistes, il met en exergue « le poète alchimiste Nuisement » dont son livre : Vrai sel, secret des philosophes et de l’esprit général du monde est mis à contribution. On comprend mieux que ce livre si curieux ait attiré l’attention de Pierre Dujols n° 288, décembre 1912 : « (Très rare) Cette œuvre massive, d’environ 2000 pages, ne prête guère à une investigation facile, d’autant plus que l’auteur enferme souvent sa pensée dans une forme obscure. Basée sur le jeu des Forces et la loi des Nombres, elle offre néanmoins un champ très vaste aux spéculations de la haute métaphysique. La théorie des trois hypostases de la nature, présentée dans ce livre, ne manque pas d’attaches hermétiques. Du reste, J. Agnès n’est point dénué de Kabbale, lorsqu’il nous montre la création sous cette image classique dans l’école : « A une époque où la matière universelle était encore informe, ou, si l’on veut, lorsque son état fluide et gazeux n’opposait aucun obstacle aux manifestations de la mathématique informatrice, la triple génération hypostatique, essentielle à toute production, fit surgir une grande individualisation, un type unitaire, résultat des tendances cosmiques universelles, lequel tomba dans le sein de cette matrice de cette mère commune, et réalisa, à divers degrés de distance et du temps, aux divers états de pureté de ce fluide (impondérable), les diverses espèces d’animaux sous des formes, fonctions de la haute mathématique dont j’ai parlé, et du milieu ambiant dans le sein duquel elles s’incarnaient». Cette esquisse de l’ADAM-KADMON ne manque pas d’allure. Du reste, l’auteur semble avoir eu des fréquentations suivies avec les alchimistes [… ] Ajoutons encore qu’il manie supérieurement les lois de l’analogie. » Manque à Caillet et Dorbon.

12 12 019 001
AGNES, J. A.
12 12 019 001

Fiche technique

Editeur
Videcoq
Année
1861
Reliure
Livre relié
Langue
Français
900,00 €
TTC