L’assomption de la femme ou le livre de l’amour

Paris, Aug. Le Gallois, 1841, in-12, demi-maroquin à coins de l’époque, dos à nerfs, tête dorée, plats de couverture conservés, XXVIII, 152pp. Petits manques angulaires de papier aux plats d’origine, petite et pâle auréole marginale aux 3 derniers feuillets.

Rarissime et étonnant ouvrage d’Eliphas Lévi (parmi ses premières publications) qui nous livre une réflexion féministe très originale dans laquelle il annonce le messie féminin. Après ce qu’il nomme une « confession », exposé fort émouvant au cours duquel il évoque son passage au séminaire Saint-Sulpice et les déboires qu’il y rencontre, l’auteur propose une interprétation théologique du Cantique des cantiques qui débouche sur une exégèse sociale aux accents apocalyptiques. Il se fait le prophète d’une ère nouvelle marquée par l’avènement du messie féminin qui marquera la réforme de la société et de l’Eglise. « Le théologien y propose une interprétation du chant biblique et en tire un commentaire social aux accents lyriques. L’ouvrage se clôt par un florilège de poésies mystiques de saint Jean de la Croix, de Thérèse d’Avila et de Mme Guyon. L’auteur constate la fin d’un règne et annonce une nouvelle ère sous le signe de la femme-messie […] La femme instituera alors l’Etat-Providence qui assure la protection, la liberté, l’égalité et la fraternité à tous ses enfants, du fait que le Saint-Esprit, qui se manifeste dans la providence et la charité, a revêtu la figure de la féminité […]. L’Evangile selon Saint Marc (10,8) fait du mariage la pierre angulaire de la société et de l’Eglise. C’est le contrat à la fois social et mystique qui permettrait à la Jérusalem Céleste de se réaliser sur terre, conception reprise par le romantisme à partir du mythe de l’androgyne selon lequel l’uniformité caractérise le « citoyen céleste ». D’où l’urgence chez Constant, de reconsidérer les pratiques du mariage qui sont autant d’obstacles sur la voie conduisant à la perfection sociale. […] Constant milite pour un mariage libre résultant de la liberté de l’amour, sans le confondre pour autant avec l’amour libre. Toutefois, les instincts naturels doivent s’harmoniser avec nos usages culturels […]. Il en appelle à plus de compassion pour les prostituées, qui ne sont que les fruits malheureux d’une société perverse et hypocrite qui pervertit la pureté naturelle […]. La femme sauve également l’église sans que l’institution n’en prenne conscience car, de même que la femme devient femme par le mariage, Eve devient Marie par l’enfantement. La connaissance à l’origine du péché (Genèse 3,6), est l’acte sacrilège nécessaire à la fondation de la civilisation, qui n’a pas pu ne pas être prévu par Dieu. Par conséquent, la sexualité n’est pas la violation d’un interdit, mais un interdit désiré qui affranchit l’humanité de la dépendance parentale et lui ouvre les voies de la vie adulte en la responsabilisant. Dès lors, Eve est autant la mère d’Adam que Marie l’épouse du Christ : leur amour gnostique enfante les sociétés futures. Ne comprenez-vous pas ce que signifie le doux culte de Marie, qui seul rattache encore les populations au catholicisme sacerdotal, que l’intelligence et l’amour abandonnent de toutes parts ? En effet, seule la piété mariale peut encore rassembler le peuple de Dieu […] » (cf. Larangé, Daniel S . « Théologie mariale et discours féministe. La foi romantique en l’avenir du pouvoir féminin selon l’abbé Alphonse-Louis Constant », in Tangence, n° 94, 2010, pp. 113-134. Caillet n° 2562.

12 13 023 032
12 13 023 032

Fiche technique

Editeur
Aug. Le Gallois
Année
1841
Reliure
Livre relié
Langue
Français
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